Chers compatriotes,
« Le Sénégal a démontré au monde entier, en 2024, sa maturité démocratique par une alternance pacifique et exemplaire. Portés par l’espoir d’une refondation institutionnelle profonde, nous avons salué l’organisation des Assises de la Justice (2024) et du Dialogue national sur le système politique (2025). Ces espaces ont permis d’identifier les maux persistants : l’hyper-présidentialisme, la fragilité de la séparation des pouvoirs, le besoin de moderniser le cadre électoral et la nécessité de consolider l’indépendance de la justice. Pourtant, à l’heure où des avant-projets de révision constitutionnelle, de création d’une Cour constitutionnelle, d’un nouveau Code électoral et d’une loi sur les partis politiques ont été rendus publics (avril 2026) puis portés devant l’Assemblée nationale, le processus soulève une inquiétude fondamentale.
En effet, dans un contexte marqué par des tensions au sommet de l’État et l’utilisation d’une majorité parlementaire confortable (supérieure aux trois cinquièmes requis), les acteurs politiques et institutionnels risquent de devenir à la fois joueurs et arbitres du jeu qu’ils prétendent réformer.
La Constitution n’est pas un outil au service des équilibres ou ambitions du moment ; elle est le contrat social suprême qui doit transcender les intérêts partisans et les rivalités personnelles.
Nous, citoyens et citoyennes du Sénégal, affirmons avec force que le peuple souverain doit rester l’unique arbitre des règles du jeu politique et institutionnel. Conformément à l’article premier de notre Constitution qui édicte le principe du« gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple », à l’article 3 qui précise que « La souveraineté nationale appartient au peuple sénégalais qui l’exerce par ses représentants ou par la voie du référendum… Aucune section du peuple, ni aucun individu, ne peut s’attribuer l’exercice de la souveraineté » et à l’esprit de l’article 103, aucune révision substantielle ne saurait être légitimée par une simple majorité parlementaire, aussi qualifiée soit-elle.
C’est pourquoi nous demandons une réforme constitutionnelle résolument inclusive et citoyenne prenant en compte :
Un processus élargi et transparent : Au-delà des dialogues déjà organisés, une concertation nationale authentique considérant l’ensemble des propositions systématisées des forces vives de la Nation (notamment les conclusions des Assises nationales, les recommandations de la CNRI et le Pacte National de Bonne gouvernance démocratique,…), des dialogues de la société civile, des conclaves des organisations de jeunesse et de femmes, les experts indépendants, les acteurs territoriaux et de la diaspora, dans un cadre pluraliste et contradictoire.
Les citoyens comme arbitre ultime : Toute révision constitutionnelle d’importance doit être soumise à référendum populaire. Le peuple doit avoir le dernier mot sur les règles fondamentales qui organisent le pouvoir, et pas seulement l’Assemblée nationale, même à majorité qualifiée.
Des mécanismes concrets de souveraineté populaire garantissant :
* le renforcement de l’initiative citoyenne en matière constitutionnelle (pétition populaire déclenchant un référendum).
* l’accès effectif des citoyens à la future Cour constitutionnelle.
* des modes de représentations directes et territorialisées des citoyens et décentralisation des pouvoirs politiques et budgétaires
* des réformes visant réellement l’équilibre des pouvoirs, l’indépendance de la justice et la transparence électorale, le renforcement du pouvoir citoyen direct et non l’aménagement d’avantages partisans.
En conséquence, nous invitons le Président de la République à privilégier systématiquement la voie référendaire pour des changements structurels.
Nous appelons l’Assemblée nationale à suspendre ou à élargir significativement le calendrier parlementaire en cours (examen les 24 et 29 juin 2026) afin de permettre un véritable débat national inclusif.
Nous rejetons toute réforme qui serait perçue comme le produit d’un rapport de force partisan plutôt que d’un consensus national.
Le Sénégal que nous voulons est celui où : les institutions servent le peuple, et non des logiques partisanes ; les règles du jeu politique sont fixées par le peuple souverain, pour le bien commun et les générations futures.
C’est dans cet esprit de responsabilité civique et d’attachement à notre souveraineté populaire que nous portons cette pétition citoyenne. Nous appelons tous les Sénégalaises et Sénégalais à la signer massivement et à la faire vivre.
Le peuple est et doit rester le seul maître du jeu.
Pour un Sénégal stable, plus juste, plus… »
Aaar Sunu Constitution